La « fracture numérique » est devenue l’une des préoccupations majeures de la communauté internationale : lors de différents sommets ou conférences, les experts ont souligné le danger de voir une partie du monde exclue des nouveaux moyens de diffusion des savoirs et d’acquisition des connaissances.
La fracture numérique est d’autant plus vivement ressentie que les promesses sont multiples et séduisantes. Mais les espoirs d’Internet butent sur le manque d’accès. L’achat d’un ordinateur est une dépense très lourde que de nombreux ménages ne peuvent pas se permettre même en Occident. Dans certaines régions, la pénurie de réseaux électriques, de lignes téléphoniques, l’absence d’opérateurs ou la mauvaise qualité des services proposés, le coût élevé des communications et l’absence d’offre commerciale forfaitaire constituent des obstacles supplémentaires. A cela s’ajoutent aussi le niveau de vie, le taux d’alphabétisation et le niveau d’éducation des populations concernées.
De plus, le matériel informatique devra être renouvelé tous les quatre à cinq ans, pour être en accord avec l’évolution technologique. Les sociétés informatiques, engagées dans une course à la puissance, créent des logiciels qui demandent de plus en plus de capacité. Leurs stratégies commerciales renforcent encore le fossé numérique.
La fracture numérique est une injustice. Au même titre que les autres libertés, celle de l’accès à l’information est aujourd’hui fondamentale. Or Internet est l’outil d’accès à l’information par excellence. Une information riche, universelle et mise à jour de manière instantanée. Un élève, étudiant ou chercheur ne pourra certainement pas faire le même travail avec ou sans Internet. Ne parlons pas des secteurs de la médecine, des médias ou encore de la politique… Internet est même devenu un outil majeur du développement des démocraties. Pour s’en convaincre, il suffit de voir comment les pays totalitaires le censurent.
En matière de développement économique, un pays sans Internet devient obsolète. La grande toile favorise les échanges commerciaux, l’organisation interne des entreprises, la gestion des clients et la consommation. Même la publicité y trouve son compte, en gagnant en impact dans les campagnes.
Un pays non équipé ou mal équipé vit un véritable handicap, d’autant plus s’il fait déjà parti des exclus de la croissance mondiale.
Les Etats-Unis ont investi énormément dans le développement et la recherche en matière de nouvelles technologies de l’information avec le soutien des pouvoirs publics. Ils ont développé et commercialisé les premiers ordinateurs. Ils ont occupé le monopole du hardware et ils occupent le monopole de l’informatique en terme de software avec Microsoft et Apple notamment.
Par contre, en France, l’informatique s’est développée, mais moins rapidement, à cause des difficultés de se connecter et des tarifs élevés. Néanmoins, au cours des années 90, l’emploi a augmenté deux fois plus rapidement dans le secteur de l’informatique que dans les autres domaines.
Les NTICS occupent aujourd'hui une place plus importante dans l'économie américaine, comparée à l'économie française. L'asymétrie est plus forte encore dans le commerce du matériel informatique et de la diffusion de programmes audio-visuels. L'écart entre la France et les États-Unis ne devrait donc pas se réduire vu l'effort consacré par ce dernier pays aux secteurs des NTIC.
Dans le monde, il y a 720 millions d’internautes. Mal répartis ! En effet, en Afrique et au Moyen-Orient, on trouve seulement 3% des internautes mondiaux. L’Asie en compte 33%, l’Europe 31% et l’Amérique du Nord 27%.
En France, les exclus du Net représenteraient encore 36 % de la population de plus de 15 ans (16 millions de personnes). Il s’agit d’une France plutôt âgée (sur-représentation des plus de 50 ans), rurale et ouvrière. Près d’un tiers de la population française consomme ainsi deux fois moins d’Internet que la moyenne nationale. 18, 6 % seulement de ces Français ont eu un accès Internet au cours des douze derniers mois, contre 41, 1 % en moyenne sur la population. On le voit, même en France, la fameuse fracture numérique n’est donc pas résorbée.
En France, l’objectif des 10 millions de foyers (40 % des ménages) raccordés à l’Internet haut débit en 2007 est encore loin. Un plan proposera des accès dans les lieux publics mais aussi favorisera des tarifs Internet plus abordables, aussi bien sur la connexion que sur le matériel informatique nécessaire.
La solution la plus adaptée au contexte des pays en développement est et restera encore longtemps, le télécentre multimédia ou « cybercafé ». L’accès mutualisé à Internet, s’inscrit très bien dans la tradition africaine. On partage le télécentre, source d’information et il devient un nouveau lieu de rencontres et de discussions.